domingo, julho 1

Poème Dramatique

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Sigmar Polke - Bienal de Veneza 2007 -

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POÈME DRAMATIQUE

Au Soldat Portugais inconnu mort à la guerre

À la mémoire de Nuno Cruz, sous-lieutenant d’artillerie en Flandres,Croix de Guerre, ‹‹valente como as armas›› et le plus gai des amis,mort en exil aux approches de Noël 1934, ce poème est dédié.

I

Poilus au port de Brest encore une fois,
Bruns, menus, sentant la laine des moutons.
‹‹Les Portugais !›› ― s’écrient les gens à ces soldats
Que font sonner leurs gamelles sons 30 k de poids.
‹‹Un, deux, trois, quatre… onze, douze, treize…
Les Portugais ! dit-on. Qu’est-ce que ce sera ?
Je connais bien la boîte aux sardines portugaises :
Peut-être des poissons… Je ne sais pas.››
Et devant les troupes débarquées,
Blême troupeau de visages
Que l’on n’a point fait raser,
Car ils ont eu, vraiment, drôle et vilain voyage,
Mangeant du biscuit corné
Que leurs aïeux n’ont pas complètement croqué dans
[la croisière des Indes, de l’Océanie, du Brésil,
[du Groenland, de la Terre-Neuve, du Japon…
Que sais-je !
La foule veut voir les moutons ;
Il neige.

Lentement, avec leurs monocles pince-nez, ―
Lunes, peut-être, qu’ils apportent
De leur pays par trop lunaire et lunatique, ―
Débarquent les officiers.
‹‹Tiens ! Les braves garçons, qu’ils regardent les portes
Et Jeannette à la porte ; qu’ils sont chics !››
Les soldats un peu badauds
Traînent leurs caisses :
Et celui-ci, voyant que la sienne se casse,
Pleure comme un enfant rigolo,
Arrive très tard au mess,
Car il ramasse un chapelet, une chemise, ramasse…

‹‹Monsieur, encore ce portrait qui vous ressemble tellement
Qu’on dirait Madame votre mère››,
Lui dit Germaine Durand.
Et Zé, que personne ne traita jamais de ‹‹monsieur››, ―
469 de la ‹‹première››
Étant son nom de preux, ―
Voyant les yeux de Germaine,
Puis les yeux de sa mère,
Quoique en carton et à la lumière malsaine
À LA MINUTE
(Pas celle qui baignait la peau de Zé rougie comme
[une reinette
De tant avoir sucé le gros lait de son cœur),
Zé regarda la fillette,
Rougit,
Aima, eut peur,
Bégaya ‹‹pas compris››
Et courut, courut, traînant sa bayonnette
*
II

D’ailleurs la Division peu à peu s’écartait.
L’État-Major passa, tout en aiguilles d’or,
Sur des chevaux qui n’étaient point du tout harnachés,
Mais dont les croupes rêvaient
Des amazones démontées
Et des pots au lait de la paix,
Qui doucement les arrosaient
Là, où maintenant les éperonne le cri meurtrier du cor

Les canons, ces fleurs d’un tout autre climat à la rouile,
Sur les roues étoilées s’embourbant aux routes de France,
Passèrent.
Fracas. Mulets redressant l’oreille que les fouets épiques
[chatouillent ;
Trompettes criardes (3e Réserve de Vaillance) ;
Journée traînante, infinie, vers le front largement troué
[de fosses.
Puis, halte ! Gamelle aux chambrées sur la terre aussi
[grasse et amère.
Que cette ripopée qui fait les soldats féroces.

Zé, ayant de son torce renforcé
Les rangs, les rangs, serpent de la Victoire,
S’adressa au sergent, dit ‹‹Permettez,
J’ai soif›› (Le Christ aussi eut soif) ;
Et, penché sur un margouillis très frais, se mit à boire
À larges traits,
Que sa pomme d’Adam, comme une culasse, réglait.

Les chevaux à la bouche douloureuse,
Où des soucis des champs ne faisaient plus le pansage,
Buvaient aussi, les têtes basses et pieuses,
Les yeux hauts, les cils clignant sur la plaine sans un
[seul brin de pâturage.
Et la Division, lézard gris venu d’au-delà de l’Espagne
[compacte et neutre,
Déguisant les lauriers sur son casque en aluminium
Fleuri d’un peu de feutre,
Remplit les trous du front de dix mille hommes.

III

À quoi bon faire tonner l’artillerie, les mitrailleuses,
À coups de syllabes ennemies,
Sur cette pauvre foule à la petite taille,
Cette pauvre fourmi
Entre ses sœurs les bêtes énormément audacieuses
Et très habiles à la bataille ?
À quoi bon ?

Le temps et la guerre
Vont du même pas sur les tranchées, sous la terre.
Point de paysage ;
Mais les soldats ont leurs arbres de sang déracinés
Où chantent les shrapnels
Pendant toute la journée
Comme des moineaux dans les cages.

Maintenant, sous le feu, minuit de Noël.
L’aumônier du bataillon ayant mis sa soutane,
Le Christ de Neuve Chapelle,
Noirci sur les ruines, ouvre ses bras sur l’engeance
Portugaise du front, qui fête son enfance.
Un gros mulet est là qui joue le rôle de l’âne,
Et, quant à la vache,
Ce caporal mourant
Arrache de vrais gémissements.

― ‹‹Seigneur des Armées,
Seigneur très petit et très grand sur cette étoile de bois,
Je vous offre tous les blessés
Et les agonisants, et les vivants, qui pourtant connaissent
[tes dois.››
Disant, le prêtre se tut.
Et, de son doigt signalant la blessure foncière du Christ,
Renouvelée d’un coup de fusil venu d’à gauche,
Il baissa sa tête portugaise un peu laineuse et triste,
Intime avec la chair qui pue,
Et dure et militaire, sans la faiblesse d’un reproche.

IV

Puis (
Limiter le ronflement des obus, le bourdonnement des
mitrailleuses, l’éclat des verylights et toute sorte de fra-
cas, peut-être sur le piano).
9 avril
(Les mêmes bruits, plutôt sur du fer blanc).
9 avril 1918.
‹‹C.E.P. ― Q.G.B. ― Aux Commandants des Bataillons
[d’Artillerie. (Confidentiel).
L’ennemi flanque le secteur anglais sur notre droite.
La 3e Réserve Mobile tournoie sur l’aile
Gauche. Danger. Feu de barrage. (Date)››.

Dans les gîtes de l’arrière-garde les aides de camp tapent
[à la machine,
Et les troncs égorgés des arbres, sous la soudaine rafale,
Tombent ; et les canons sonnent minuit sur les ruines
Comme l’airain tressaille aux tours des cathédrales.
Onde après onde,
Sous la musique divine qui se fait de plus en plus ample
[et ronde,
Les Allemands percent,
Brisent, cassent,
Car une femme les berce,
Une femme horriblement belle et toute couronnée
[d’affreuse grâce.
Dans un coin de la tranchée envahie,
Zé pare les coups de tous ces Allemands énormes
Du seul geste de sa main gauche justicièrement durcie,
Pendant que, de sa main droite nourrissant la dernière,
L’irrévocable mitrailleuse
(‹‹Ah, cães de Niza !››), il pense à sa pauvre mère
Qui coud peut-être à la machine, insoucieuse,
Pendant que tous ces Allemands énormes,
En recevant de lui la Mort, belle femme qu’ils aiment,
[l’écrasent.
Zé n’est plus qu’une forme
Sanglante et raccourcie sur la terre rase.

V

Et maintenant, mon vieux, que tu as fait ton devoir
Et que la Justice est plus forte ― croit-on ―
Du seul fait qu’elle a eu ton sang et put y boire,
Viens dans ta petite maison
Sur les flots de naguère,
Où t’attend
Notre mer,
Si fidèle toujours à ceux qui partent ou tombent,
Ta mère,
Les pins et les colombes.
Remercie Messieurs les Alliés d’avoir bien voulu
Te recevoir parmi les illustres rangs victorieux,
Quoique le vin de la Victoire ce ne sois pas toi qui
[l’aies bu,
Mon vieux.
Te voilà dans la nef où l’ombre vit
Et où il y aura toujours une flamme docile au vent,
Qui veut voir si tu es encore enseveli :
Car un jour tu ne le seras plus :
Car c’est trop, vraiment, que d’être comme ça à tout
[jamais inconnu,
Le soir, la nuit, le matin.
Dans l’ombre zodiacale où ton corps s’est perdu.

Dors sous les pins.

(Vitorino Nemésio) *
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Bibliografia: *
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1 Comentários:

Blogger Mar Arável disse...

É PENA QUE OS PEIXES NÃO VOTEM.PORQUÊ? PORQUE OS PEIXES NÃO DORMEM

7 de julho de 2007 às 00:24  

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